Nous approchons de la fin du voyage… et oui fini, les réveils matinaux à 7h30 par la douce voix de Peter à travers le micro, nous prévenant que le petit déjeuner était prêt : « Inspire team, Inspire team, Inspire team », suivi de prés par celle de « Jumper », un peu moins douce, mais tout aussi agréable dans son genre, pour nous demander d’activer le mouvement !!!
Fini également, les couches de vêtements à enfiler avant d’affronter le froid polaire à retirer et à faire sécher une fois rentrés, terminé les tours de zodiacs plus ou moins sportifs, et plus de sac à dos de secours à garder toujours à portée de main, avec des vêtements de rechange, de l’eau, et de quoi se sustenter….au cas où….
Mais surtout nous allons nous quitter plus riches qu’avant, avec l’envie, et le besoin de partager autour de nous cette expérience exceptionnelle, mais aussi la nécessité essentielle de préserver cet écosystème vierge de toute activité humaine.
C’est pour cette raison que cette expédition est appelée « Inspire », pour inspirer, et d’influencer notre entourage, et tenter de changer nos habitudes.
Cette expédition va se terminer, par là où elle a commencé, le fameux « Drake passage », les 40ème rugissants au sud du Cap Horn, qui n’est pas la partie la plus agréable du voyage, bien que nous ayons été quelque peu épargnés à l’aller.
Ne sachant pas si je serai en état de raconter « en live » la fin de notre voyage, je prends les devants en racontant la dernière partie.
Un soir, nous avons eu la chance, de faire une petite ballade en zodiac entre les icebergs afin de pouvoir observer de plus prés leur formes étranges, leur couleur plus ou moins turquoise, et l’eau cristalline qui les entoure.
Sous l’eau se dessine leur fameuse partie immergée, qui est 7 fois plus importante que la partie apparente, et ce n’est pas un simple dicton….
Sur certains icebergs, des phoques étaient étendus placides et indolents, dans l’eau des pingouin virevoltaient inconscients du danger qui pouvait les attendre au détour d’un virage. Nous étions en train d’observer les phoques, quand tout à coup a surgi contre le zodiac, le fameux prédateur des glaces, le léopard de mer ! C’est une sorte de long phoque, avec une peau tachetée, et une gueule qui n’en fini pas, remplie de dents !!
Ce genre d’individu peut tuer un être humain en l’entraînant sous l’eau, il peut aussi s’en prendre aux flotteurs du zodiacs, mais a priori n’est pas assez fort pour retourner les embarcations… en principe….Dans tous les cas nous avions pour consigne de ne rien laisser dépasser du bateau !!! Il a fait plusieurs tours, attiré par les bulles d’air produites par le moteur, puis sans doute lassé, s’est détourné de nous, et d’un mouvement souple et gracieux, a fui vers d’autres proies.
Je pense que l’endroit que j’ai préféré était « Paradise bay », nous nous sommes engagés dans un étroit chenal, entouré de falaises immenses, le soleil levant illuminait notre avancée, et de temps en temps nous pouvions apercevoir les projections de vapeur produits par des rorquals à l’horizon… cela ressemblait à un décor de cinéma digne du « Seigneur des annaux », très irréel !!!
Nous avons débarqué sur une plage de galets parsemée de pingouins. Le temps était une nouvelle fois magnifique, impressionnant soleil, qui ne nous a pas quitté durant les ¾ du voyage, signe du réchauffement climatique ??
Nous avons gravi un glacier les uns derrière les autres, à la suite de nos 2 guides norvégiens qui une fois de plus était là pour assurer notre sécurité, et mettre à jour les crevasses qui jonchaient notre ascension.
La vue était imprenable, la mer du chenal calme, d’un bleu nuancé de vert, et parsemée des montagnes de glace, dont les cristaux resplendissaient sous le soleil….
Une fois de plus, devant tant de beauté, de grandeur et de richesse, j’ai ressenti le devoir de préserver ce continent pour les générations futures, et l’envie impérieuse de faire quelque chose de concret pour y contribuer !!
Un peu plus tard, nous avons mis le pied sur une crique remplie de pingouins, et notamment des jeunes pas tout à fait sevrés. Paradoxalement, c’étaient eux qui avaient le plus beau plumage, les parents n’ayant pas encore tout à fini leur mue.
Il était assez difficile de respecter les distance de sécurité dans de telles conditions, les petits n’étaient pas effarouchés et venaient carrément réclamer leur pitence auprès de nous…il était dur de se retenir de les toucher, mais en aucun cas nous ne devons laisser notre empreinte sur la faune et la flore sauvage.
En Antarctique, la flore est évidemment peu luxuriante, seuls les lichens et les mousses peuvent subsister sous ces conditions extrêmes, et là encore les recommandations de la naturaliste étaient très strictes, nous devions autant que possible éviter de marcher sur cette végétation, afin de ne pas bouleverser ce fragile écosystème, qui mettrait plusieurs mois à s’en remettre….
A cet endroit, une base chilienne avait été édifiée, et désormais transformée en musée, mais les pingouins ont complètement envahi l’endroit, se souciant peu des humains qui les observaient….
La nature avait repris ses droits, envers et contre tout, malgré le tourisme de plus en plus florissant dans ce dernier endroit encore épargné.
Mais encore pour combien de temps ???